Depuis une quinzaine d’années, le monde du cheval connaît une véritable révolution dans sa manière d’aborder le soin. Longtemps centré sur une approche curative, intervenir lorsque la pathologie est installée, le soin équin évolue aujourd’hui vers une vision globale, préventive et intégrative du bien-être. Biomécanique, myologie, neurosciences, nutrition ou encore environnement de vie : les professionnels croisent désormais leurs expertises pour mieux comprendre le corps du cheval dans sa globalité. Panorama des nouvelles approches qui transforment durablement la prise en charge équine.
La thérapie manuelle : du muscle aux fascias
Ostéopathie équine : restaurer la mobilité globale
L’ostéopathie équine s’est largement démocratisée et fait désormais partie du suivi classique de nombreux chevaux de sport comme de loisir. Son objectif : restaurer la mobilité des structures en agissant sur :
• les blocages vertébraux ;
• les restrictions fasciales ;
• les compensations posturales.
Au-delà de l’approche curative, elle s’inscrit aujourd’hui dans une logique préventive. Un suivi régulier permet d’anticiper les déséquilibres biomécaniques avant qu’ils ne s’installent durablement.
Massage équin et myothérapie : précision musculaire
Le massage équin moderne n’a plus rien à voir avec une simple visée relaxante. Il cible désormais :
• les chaînes musculaires ;
• les tensions chroniques ;
• les déséquilibres liés à la discipline (dressage, CSO, endurance…).
La compréhension fine des muscles profonds : psoas, multifides, dentelé ventral a considérablement fait évoluer les pratiques. Pour approfondir cette lecture musculaire et mieux comprendre les interactions entre locomotion, posture et performance, le livre proposé par Julia Prével sur la myologie équine constitue une ressource de référence, autant pour les professionnels que pour les propriétaires souhaitant affiner leur regard.
Libération myofasciale : le rôle clé des fascias
Encore peu connue il y a une dizaine d’années, la libération myofasciale s’intéresse aux fascias : ces membranes qui enveloppent muscles, organes et structures internes. Véritables réseaux de transmission des tensions, ils jouent un rôle majeur dans :
• la mobilité globale ;
• la diffusion des contraintes ;
• les douleurs diffuses. Cette approche montre des résultats particulièrement intéressants sur :
• les chevaux raides ;
• les dorsalgies ;
• les troubles locomoteurs légers.
Elle complète efficacement ostéopathie et myothérapie dans une lecture plus systémique du corps.
Les approches énergétiques et complémentaires
Acupuncture : héritage de la médecine chinoise
Issue de la médecine traditionnelle chinoise, l’acupuncture agit via la stimulation de points énergétiques précis. Elle est utilisée notamment pour :
• la gestion de la douleur ;
• les troubles digestifs ;
• les déséquilibres énergétiques.
De plus en plus de vétérinaires se forment à cette pratique afin de l’intégrer dans leurs protocoles de soins, renforçant ainsi le pont entre médecine conventionnelle et approches complémentaires.
Reiki et soins énergétiques : régulation du système nerveux
Les soins énergétiques, comme le Reiki, reposent sur la régulation du système nerveux et des états de stress. Si leur validation scientifique reste encore débattue, de nombreux retours terrain évoquent :
• une diminution du stress ;
• une amélioration du comportement ;
• une récupération plus fluide après effort ou traumatisme
Ces pratiques s’inscrivent souvent en complément d’un suivi vétérinaire ou manuel, dans une logique de mieux-être global.
Photobiomodulation : la thérapie par la lumière
Aussi appelée thérapie par lumière rouge, la photobiomodulation connaît un essor important dans le soin équin. Elle agit sur :
• la régénération cellulaire ;
• la circulation sanguine ;
• la diminution de l’inflammation.
Elle est particulièrement utilisée pour :
• les tendinites ;
• la récupération post-effort ;
• les douleurs musculaires. Son intérêt réside dans son caractère non invasif et sa complémentarité avec les soins manuels.
Le soin par le mouvement
Cavaletti et travail proprioceptif
Le travail en cavaletti permet de développer :
• le renforcement des muscles profonds ;
• la coordination ;
• la stabilisation du dos.
Il améliore la conscience corporelle du cheval et affine sa locomotion, notamment après une période d’arrêt ou en prévention des blessures.
Renforcement du “core” équin
Inspiré de la préparation physique humaine, le travail du “core” cible les muscles stabilisateurs profonds :
• transverse de l’abdomen ;
• obliques interne et externe ;
• multifides ;
• droit de l’abdomen ;
• dentelé ventral ;
• psoas ;
• muscles intertransversaires.
Contrairement aux grands muscles moteurs comme le longissimus, ces muscles assurent la stabilisation fine du tronc et la qualité de la locomotion. Leur compréhension anatomique est au cœur de la myologie équine moderne, largement développée dans l’ouvrage proposé par Julia Prével, qui permet de mieux visualiser leur rôle dans la posture et la performance.
Tapis roulant aquatique : rééducation active
Le tapis roulant aquatique est devenu un outil majeur en rééducation.
Ses bénéfices :
• diminution du poids supporté par les membres ;
• réduction des contraintes articulaires ;
• travail musculaire actif.
L’eau crée une résistance multidirectionnelle qui stimule fortement :
• les fléchisseurs ;
• les muscles stabilisateurs ;
• la proprioception.
Il est particulièrement indiqué après chirurgie, blessure tendineuse ou perte de condition physique.
Nutrition et microbiote : une nouvelle frontière
Les avancées scientifiques récentes mettent en lumière le rôle central du microbiote intestinal dans la santé globale du cheval.
On observe notamment des liens entre :
• déséquilibres digestifs ;
• inflammation chronique ;
• troubles musculaires ;
• baisse de performance.
Les protocoles modernes intègrent désormais :
• oméga-3 ;
• antioxydants ;
• probiotiques ;
• oligo-éléments ciblés.
Cette approche nutritionnelle soutient la récupération musculaire, la santé articulaire et la régulation inflammatoire.
Bien-être global et environnement
Le soin équin ne se limite plus au corps : il englobe désormais l’environnement de vie.
On parle de plus en plus :
• d’enrichissement du milieu ;
• de gestion du stress social ;
• d’accès au mouvement libre ;
• de contact social permanent.
Un cheval pouvant marcher, interagir et s’alimenter naturellement développe significativement moins de pathologies musculo-squelettiques.
Le mode de vie devient ainsi un pilier thérapeutique à part entière.
Vers une approche intégrative du soin équin
La tendance actuelle ne vise plus à opposer médecine vétérinaire et pratiques complémentaires, mais à les articuler intelligemment. Cette approche repose sur trois axes majeurs :
La prévention : anticiper les déséquilibres avant l’apparition de la pathologie.
La compréhension biomécanique fine : lire le mouvement, analyser les compensations, comprendre la chaîne musculaire.
L’individualisation des soins : chaque cheval possède son histoire, sa discipline, ses contraintes.
Pour les professionnels du cheval, cette évolution implique :
• une formation continue ;
• une meilleure lecture du mouvement ;
• une collaboration interdisciplinaire.
Vétérinaires, ostéopathes, saddle fitters, nutritionnistes, enseignants : tous participent à une prise en charge globale.
En bref
Les nouvelles approches du soin équin traduisent une transformation profonde du rapport au cheval : plus respectueuse, plus scientifique, plus individualisée. Comprendre le corps dans sa globalité : muscles, fascias, posture, mouvement, devient indispensable pour prévenir les blessures et optimiser la performance durablement.